CFP: Appareil - 32 - Formes de la médiation dans l’œuvre de Walter Benjamin
Submission deadline: October 15, 2026
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L’œuvre de Walter Benjamin s’est prêtée à diverses interprétations, souvent tendues, souvent contradictoires entre elles. La littérature critique qui lui a été consacrée s’est à juste titre concentrée sur les grands thèmes ou tendances qui la traversent : le messianisme juif, le matérialisme historique, le théologico-politique, la philosophie du langage, la philosophie de l’histoire, la critique littéraire, l’esthétique dans son rapport à la technique, l’image, la modernité, le mythe, l’expérience, le corps, etc. Par là, s’éclairaient aussi bien les différents aspects et le détail de la pensée benjaminienne que sa grande diversité et son hétérogénéité.
On doit cependant – à contre-courant de cette dissémination – noter l’unité et la cohérence de cette pensée qui à l’occasion de chaque nouvel objet se reprend et se prolonge, se réécrit et se métamorphose. Aussi divers soient-ils, les écrits de Benjamin participent d’un projet intellectuel critique cohérent, qui mérite d’être mis en relief dans son ampleur et sa généralité. L’ambition de ce numéro d’Appareil est de répondre à cette exigence d’une lecture globale du projet benjaminien, sans cependant faire violence à l’attention qu’elle portait elle-même pour le petit et singulier, ce qui résiste à subsomption sous le général. Il s’agit de travailler à mettre en rapport ses thèmes, ses concepts et ses images, afin de présenter et rendre accessible la problématique philosophique qu’ils constituent. Notre visée est d’insister sur les lieux où cette œuvre se lie à elle-même dans son dessein général, de tracer les lignes d’une intelligence unifiée du projet critique qu’elle met en œuvre.
Cette tâche ne peut être accomplie par l’identification d’un terme-clé ou d’un motif de l’œuvre de Benjamin, susceptible d’en unifier thématiquement et expressément l’ensemble. Il s’agit plutôt de trouver une question transversale capable de fédérer – en même temps qu’elle les éclaire dans leur détermination propre – les divers aspects de la production benjaminienne. De ce point de vue, un candidat possible et prometteur est l’enjeu de la médiation, comprise en un sens large, qui implique à la fois les aspects matériels et intellectuels de l’expérience dans leur mise en rapport historique. Lire Benjamin comme un penseur radical de la médiation permet de tracer un parcours pour explorer son œuvre de manière cohérente, sans pour autant opérer une reductio ad unum d’une pensée aussi fragmentée, riche et résistante à toute tentative de systématisation. Le terme de « médiation » ne désigne pas un concept, mais une constellation de problèmes théoriques et d’intérêts. La polysémie du terme « médiation », ainsi que la complexité de son histoire culturelle, nous libèrent d’un certain usage de la notion de médium, qui trop souvent a enfermé la contribution benjaminienne dans la vision réductrice d’une certaine théorie des médias, confinée à l’enjeu des mass media et de la communication. De plus, le spectre plus large de la médiation permet de rattacher les textes classiques de Benjamin sur la médiation technique (reproduction mécanisée de la photographie et du cinéma, à laquelle sa contribution à maintes fois été réduite) à l’ensemble de son œuvre. Enfin, comme concept opératoire (pour reprendre une expression d’Eugen Fink), la médiation rend possible la liaison cohérente des usages persistants et cependant divers du concept de médium tout au long de son œuvre. S’en tenir aux différentes occurrences textuelles isolées du concept de médium ne suffit pas à lui seul pour reconstruire la problématique critique élaborée par Benjamin, dans toute son ampleur et son unité. Celles-ci doivent être rapportées à la problématique qui les informe et qu’elles participent à construire en retour.
Dans ce numéro, thématiser le problème de la médiation signifiera également réfléchir aux différents dispositifs, ainsi que leurs agencements spécifiques, qui médiatisent notre expérience du monde, les « appareils » dont parle notamment Jean-Louis Déotte, expressément inspiré par Benjamin. En même temps, ce focus sur l’horizon problématique de la médiation permettra de penser la médiation au-delà de sa dimension strictement liée à l’histoire des objets techniques, en mettant en lumière son importance pour réfléchir, de manière plus générale, au sens de l’agir humain et de son objectivation dans l’histoire, et en rejetant toute interprétation purement instrumentale de la question de la technologie. Dans ce contexte, la question de la médiation exprime le caractère à chaque fois situé et déterminé de manière singulière du rapport des sociétés humaines au monde, sous lequel il est possible de rassembler un grand nombre de thèmes centraux de la pensée de Benjamin, de l’histoire à la théologie, de la traduction à la critique, de la corporéité à la perception, en passant par l’esthétique et les nouvelles formes de l’art.
Structure
L’objectif de ce numéro d’Appareil est de mettre en dialogue les différentes sphères du débat autour de la pensée de Benjamin, en accueillant des contributions consacrées à l’analyse de son œuvre à partir de la question de la médiation. Il ne s’agit pas tant de proposer une analyse de l’usage que Benjamin fait de termes tels que « Vermittlung » ou « Medium » – sans bien entendu exclure la référence à ceux-ci et les passages où ils sont utilisés –, que de penser la médiation comme une clé herméneutique permettant de réfléchir à son œuvre dans son ensemble, éventuellement à partir d’un texte ou d’un problème spécifique, mais avec l’ambition de dépasser l’analyse d’un phénomène médial particulier, qu’il s’agisse d’une forme artistique, d’un dispositif technique ou du langage.
Dans cette perspective, seront tout particulièrement appréciées les contributions qui, tout en se concentrant sur un point précis, conserveront l’ambition de proposer une lecture d’ensemble de la pensée de Benjamin à partir du thème de la médiation.
Les propositions d’articles (400 mots maximum) devront être acheminées avant le 15 octobre 2026 aux adresses [email protected] [email protected], accompagnés des informations suivantes : nom de l’auteur ou de l’autrice, affiliation institutionnelle, adresse électronique de contact.
Les articles définitifs seront à soumettre 31 janvier 2026. Ils devront compter entre 20 000 et 40 000 signes et respecter les normes éditorialesde la revue.
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