CFP: Première personne. Portée et limites [Reporté]

Submission deadline: March 31, 2020

Conference date(s):
June 26, 2020 - June 27, 2020

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Conference Venue:

Sorbonne Université
Paris, France

Topic areas

Details

Première personne

Portée et limites

Colloque

Vendredi 26 - Samedi 27 juin 2020

Sorbonne Université, Salle F366, Escalier F, 1 Rue Victor Cousin, Paris

Keynote speakers: André Charrak, Natalie Depraz, Pascale Gillot, Eric Marquer

Date limite d’envoi des propositions : mardi 31 mars 2020

“Je pense.” Que signifie ici parler en première personne ? Les implications ontologiques de ce fait grammatical ouvrent un ensemble de questions au carrefour de l’histoire de la philosophie moderne, de la phénoménologie, de la philosophie analytique et de l’herméneutique. La perspective en première personne est-elle fondamentale, ou, en quelque façon, construite ? L’usage linguistique du pronom « je » renvoie-t-il à une expérience pré-linguistique du point de vue de la première personne ?

Cette interrogation a une épaisseur historique dont un jalon décisif est la question de la possibilité de prendre l’ego pour fondement de la connaissance (Descartes, 1641). Cependant, même si le “je pense” doit pouvoir accompagner mes représentations, ce qu’on peut en déduire appelle une critique (Kant, 1781). La centralité de l’égologie se trouve ainsi constamment remise au travail. Elle a pu être ressaisie comme l’essence même de la connaissance, voire de la réalité (Fichte, 1794 ; Schelling, 1795).

A son tour, la volonté phénoménologique de revenir aux choses-mêmes peut être comprise comme revalorisation de l’expérience vécue (Husserl, 1901), qui place au centre la perception incarnée (Merleau-Ponty, 1945). D’un autre côté, ce motif du “retour aux choses-mêmes”, peut conduire à déplacer l'intérêt des étants à l’être (Heidegger, 1927), voire à “vider” la conscience de ce “moi” qui serait la base de toute conscience (Sartre, 1934). Selon une version plus mesurée peut-être, Ricoeur a pu suggérer de se situer à “égale distance de l’apologie du cogito et de sa destitution” (Ricoeur, 1990) : comment se placer à la hauteur de ces exigences apparemment contraires?

Il demeure en outre une question sur le caractère privé de l'expérience en première personne, et la possibilité de la communication des expériences. Un ensemble de doutes entoure ainsi la possibilité pour une expérience privée d’intervenir dans un échange public, et a fortiori de fonder la valeur de certitude d’un système de connaissances (Wittgenstein, 1953). Ce à quoi la première personne fait référence est également problématique. Le double usage du pronom “je” engage la question de l’immunité aux erreurs d’identification (Shoemaker, 1968 ; Anscombe, 1975). 

Dans une autre perspective, l’importance des phénomènes qui échappent à la conscience et la déterminent, analysables uniquement d’un point de vue en troisième personne, a porté à critiquer l’effectivité et la centralité du point de vue en première personne (Foucault, 1966 ; Deleuze, 1969). Finalement, si ce sont les autres personnes qui en sont la condition et lui donnent sa pleine signification, la première personne n’est-elle jamais que seconde ?

La prise en compte de ces différentes interrogations nous permettra d’explorer des points d’intersections entre divers domaines tels que l’ontologie, l’épistémologie, mais aussi l’éthique, voire la politique. Ce sera également l’occasion d’interroger la constitution historique de ce concept et la manière dont il est susceptible d’éclairer des questions contemporaines. Toutes les propositions portant sur la notion de première personne et les différents problèmes qu’elle soulève sont les bienvenues. Un intérêt particulier sera accordé à celles qui s’attacheront aux aspects suivants :

- l’interrogation de la constitution historique de la « première personne »

- le lien entre l’expérience à la première personne et la conscience de soi

- le rapport entre expérience, conscience et langage

- la notion problématique d’alter ego

- la manière dont des auteurs des vingtième et vingt-et-unième siècles se sont saisis de références classiques pour penser la première personne. 

Consignes de soumission des résumés :

- Cet appel s’adresse aux doctorant.e.s et jeunes docteur.e.s.

- Nous attendons des propositions en français ou en anglais.

- Longueur maximale : 500 mots.

- Les abstracts devront être anonymisés en vue d’une double relecture.

- Indiquer dans le courriel l’affiliation de l’auteur.

- Les propositions sont à envoyer au plus tard le mardi 31 mars 2020, à l’adresse suivante : journeespremierepersonne@gmail.com.

Attention :

La date de fin juin nous semble encore tout à fait tenable à l'heure où nous envoyons ce rappel. Nous suivons de près la situation et nous prendrons toutes les dispositions nécessaires afin de préserver la santé de chacun.e

Organisateurs :

Alessandro Colleoni – Fondazione San Carlo / EHESS

Marco Dozzi – McGill University / Università degli Studi di Cagliari

Jean-François Houle – Université Laval / EHESS

Raphaël Pierrès – Université Paris I Panthéon-Sorbonne

Jing Shang – Sorbonne Université

Supporting material

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